Michael Belina Czechowski (1818-1876) - Pionnier, missionnaire et première personne en Europe à annoncer le message adventiste
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Bâle/Suisse, 10.05.2014 / CBS KULTUR INFO/APD

Michael Belina Czechowski (1818-1876)

Michael Belina Czechowski (1818-1876)

© Photo : Adventist.org

Interview avec le théologien Jacques Frei* au sujet du “Premier adventiste du septième jour” en Europe.

(Introduction)
En l'an 1860, un groupe de chrétiens des États-Unis d'Amérique s'est donné le nom de « Adventistes du septième jour ». Ils voulaient avec ce nom exprimer l'essentiel de leur foi, c'est à dire la théologie du sabbat et l'attente du retour de Christ. Il y a 150 ans, en mai 1863, des représentants de ce groupe grandissant se sont réunis à Battle Creek (Michigan, USA) et ont crée une organisation structurée dont la direction a pris le nom de “Conférence Générale des Adventistes du Septième Jour”.

Au cours des 150 dernières années, cette église apparemment insignifiante, une parmi tant d'autres sur le sol des États-Unis, a grandi au point de devenir une église comptant plus de 17 millions de membres répartis dans presque tous les pays du monde. Il avait pourtant fallu plus d'une décennie pour que la direction de cette église comprenne que sa mission devait dépasser les frontières de l'Amérique. Ce n'est qu'en 1874 que John N. Andrews (1829-1883) fut officiellement envoyé en Europe comme “premier missionnaire adventiste”.

En 1856, l'ex-prêtre polonais Michael Belina Czechowski a fait connaissance du groupe des Adventistes du septième jour. En 1857, il accepta leur enseignement et devint un de leurs évangélistes en 1958. En 1863, il demanda à être envoyé en Europe comme missionnaire, mais cela lui fut refusé car il n’acceptait pas les conditions financières proposées.

Interview de Jacques Frei par Christian B. Schäffler** (Bâle)

(Interview)

Plaque commémorative à Cornaux/NE

Plaque commémorative à Cornaux/NE

© Photo : APD Suisse

Question: Comment peut-on résumer la vie et l'œuvre de Czechowski?

Réponse de Jacques Frei: Czechowski était un idéaliste, plein d'idées et de volonté d'entreprendre. Politiquement très actif en faveur de l'autonomie de la Pologne, il fut dès les années 1850 un prédicateur infatigable. Son sujet préféré: le Christ crucifié, ressuscité et qui revient. En tant qu’écrivain, éditeur, évangéliste et premier missionnaire du message adventiste en Europe, il a œuvré dans bien des pays, sans y avoir été mandaté par la “Conférence Générale” des Adventistes. Et en sa qualité de missionnaire indépendant, Czechowski a permis aux Adventistes du septième jour de développer leur vision d’une mission planétaire.

Etait-il un visionnaire, le précurseur d'une mission globale?

Oui. Deux exemples: 1. L'église adventiste libre doit à ce Polonais son organisation mondiale et sa stratégie pour une évangélisation du monde entier. 2. Il a aussi été le premier à prêcher le message adventiste dans une grande ville, à New York. En cela il a été, à coté d’Ellen G. White, le précurseur d'une activité particulière dans les grandes villes, activité qui s'est à nouveau intensifiée depuis 2011.

Quels ont été ses champs d'activité?

Nous distinguons trois phases. De 1818 (année de sa naissance) à 1851 (année de son départ pour New York), il a vécu en Europe. De 1851 au mois d'avril 1864, il a travaillé comme relieur, prédicateur et évangéliste aux États-Unis et au Canada. De 1864 à sa mort en 1876, il a exercé dans divers pays d'Europe.

Comment s'est produit ce changement remarquable, de moine, puis réformateur catholique, à évangéliste Adventiste?

Czechowski est né le 25 septembre 1818 à Sieciechowice près de Cracovie. A l'âge de 17 ans, il entre au couvent et devient le frère Cyprien. Le 25 juin 1843, il est consacré prêtre franciscain à Varsovie. Il participe à un putsch pour la libération de la Pologne et doit s'enfuir en raison de ses nombreuses activités politiques. En même temps, il s'indigne de la situation déplorable qui règne dans bien des couvents de son pays. Il fait un voyage à Rome et obtient une audience auprès du pape Grégoire XVI ; il lui remet une pétition avec des propositions de réformation dans les couvents. La pétition reste lettre morte. L'évêque de Breslau lui confie la cure de Reichtal. Après seulement treize mois d’activité, il est emprisonné. On l'avait confondu avec un autre homme qui portait le même nom. Libéré après de longs mois, il se rend à Paris puis, expulsé de France à cause de ses activités politiques, il cherche refuge à Genève où il devient responsable d'une communauté de Polonais à Lancy. Finalement, il se défroque, se marie avec Marie Virginie Delavoët près de Soleure et ils s'installent en Belgique. Persécuté, il se réfugie à Londres, et de là, traverse l'océan. En Amérique, il travaille comme relieur, puis comme pasteur baptiste. Il rencontre le groupe des Adventistes du septième jour, décide de se joindre à eux, devient pasteur adventiste, dès lors, proclame le message adventiste du prochain retour du Christ.

Czechowski voulait-il fonder une nouvelle église?

Il se sentait en premier lieu poussé à prêcher « l'Evangile éternel » (Apocalypse 14,6). Il ne voulait pas fonder une nouvelle église, mais il voulait dire aux gens, très simplement: « Préparez-vous pour le retour du Christ ». Pour lui, cette préparation impliquait aussi l'obéissance de la foi, entre autres l'observation du sabbat et le baptême de la foi par immersion. Bien naturellement, en conséquence de la diffusion de ses imprimés et de ses nombreuses conférences, des groupes semblables à des petites églises se sont formés, mais pour ces groupes, il ne désirait ni une organisation ni une adhésion à l'organisation des Adventistes d'Amérique.

Comment se fait-il que finalement ces groupes se soient unis aux Adventistes du septième jour des États-Unis?

Cela s'est fait plus tard, par hasard. En 1867, Albert Vuilleumier, (1835-1923) responsable du groupe de Tramelan (Jura Bernois), trouva un imprimé intitulé “Review and Herald” oublié par Czechowski. Il comprit qu'il y avait une organisation des églises Adventistes aux États-Unis. Il écrivit donc à Battle Creek (Michigan, USA) au siège de cette organisation. Les éditeurs ont été très surpris d'apprendre qu'il y avait en Suisse des chrétiens qui avaient la même foi. Après le départ de Czechowski (pour la Hongrie et la Roumanie), Vuilleumier demanda qu'on leur envoya un missionnaire. Mais il dut attendre jusqu'en 1874. C'est alors qu'arriva John N. Andrews (1829-1883), le premier missionnaire des Adventistes du septième jour. Andrews s'installa d'abord à Neuchâtel puis à Bâle.

Dans l'est de l'Europe, l'établissement de nombreux groupes d'Adventistes du septième jour est très probablement dû à Czechowski.

Quels ont été ses champs d'activités après son retour en Europe en 1864?

En premier, Czechowski s’est rendu en Italie, puis il est allé en Suisse, en France, en Allemagne, en Hongrie et en Roumanie. Constamment en route, il est mort d'épuisement à Vienne.

Czechowski était arrivé à Londres le 6 juin 1864 avec son épouse, ses enfants et sa secrétaire, qui était aussi leur gouvernante. Ils poursuivirent leur voyage pour se fixer à Torre Pellice (province de Turin), chef-lieu des Vaudois du Piémont. Malgré l'opposition des autorités religieuses, son évangélisation n'a pas été sans succès. Parfois il prêchait dans les églises des Vaudois, parfois il louait une salle, mais il prêchait aussi dans les rues.

Chaque mois, il envoyait des rapports à ceux qui le soutenaient financièrement aux États-Unis. Il ressort de ces rapports qu’il prêcha 36 fois en août 1864, et que le mois suivant, il tint 18 conférences.

Après avoir confié ses adeptes à François Besson, il vint habiter en Suisse à Grandson (Vaud) avec sa famille, sa secrétaire et un jeune homme du nom de Geymet. Cela se passait en septembre 1865.

Torre Pellice, le chef-lieu des Vaudois, attirait-t-il les Adventistes?

Les Vallées Vaudoises ont joué un rôle important dans les débuts de l’histoire de l’Adventisme. Sa co-fondatrice, Ellen G. White, a visité trois fois cette petite ville après la mort de Czechowski, sans doute pour y récolter les fruits de la semence qu’il avait jetée. Mais les Adventistes du Premier jour+, ceux qui avaient financé Czechowski, voulaient aussi les récolter. C’est ainsi que Madame White donnait des conférences au rez-de-chaussée d’une maison, mais en même temps, au premier étage de cette même maison, se réunissaient les Adventistes du Premier jour. Ces derniers avaient également adhéré au mouvement de William Miller mais tenaient fermement à l'observation du dimanche.

Que savez-vous du voyage de Czechowski de Torre Pellice à Grandson?

Ce ne fut certainement pas un voyage d'agrément. Le tunnel du Mont-Cenis était en construction. Donc pas de train. La famille n'avait pas les moyens financiers nécessaires pour voyager en diligence et passer ainsi le col (2084m). C'est donc à pied que le groupe a traversé les Alpes, avec bagages et enfants (le dernier n'avait que 8 mois). Le train les a emmenés ensuite jusqu’à Yverdon (Vaud), qui était à ce moment-là le terminus du chemin de fer. La famille y trouva refuge dans une grange chez un paysan. Le lendemain, Czechowski réussit à louer un appartement dans la maison dite « La Ruche » à Grandson. De là, Czechowski partit visiter, avec son aide Geymet, tous les villages autour du lac de Neuchâtel ; il demandait s’il pouvait annoncer son message dans les églises, ou il louait une salle. Il allait aussi de maison en maison.

Son travail en Suisse a-t-il été un succès ou un échec?

Les deux. A peine arrivé à Grandson, Czechowski publie un hebdomadaire intitulé «L'Evangile éternel». En octobre 1866, il déménage à Cornaux (NE) dans la ferme « Le Buisson ». Là, il installe sa propre imprimerie et donne un nom à son œuvre: « Mission Evangélique Européenne et Universelle de la Seconde Venue du Sauveur ». Sa revue est envoyée en Suisse, en France, en Allemagne, en Italie, Hollande, Hongrie, Pologne. Il publie aussi des livres et des brochures. Il voyage dans de nombreuses régions du pays, tient des conférences, participe à des discussions. Il baptise les croyants et fonde des groupes qui se réunissent le sabbat. Le plus important de ces groupes est celui de Tramelan, qui deviendra plus tard la première église officielle des Adventistes du Septième jour.

En 1867 Czechowski rencontre de grandes difficultés financières. D'une part, il dépense plus pour son œuvre qu'il ne reçoit de dons. De l'autre, la ferme « Le Buisson » est ravagée par un incendie. Il se fait alors construire une maison à Hauterive (Rouge Terre n° 1) mais il n'arrive plus à honorer ses hypothèques.

Malgré sa ruine financière, que fit ensuite le prédicateur itinérant?

Début 1868, la société missionnaire américaine qui soutenait financièrement Czechowski apprit que leur missionnaire enseignait le « sabbat juif ». Elle arrêta tout de suite ses envois d'argent. Sans s'occuper de ses dettes, il quitta la Suisse et se mit en route pour continuer sa mission itinérante à Freiburg, Baden-Baden, Karlsruhe, Stuttgart. Il alla aussi en France, puis en Hongrie, en Roumanie et en Ukraine. Son épouse, restée en Suisse, mourut le 22 juillet 1870 ; elle fut enterrée à St Blaise (NE).

Le 2 février 1876, Czechowski s'écroula dans une rue de Vienne et fut transporté à l'hôpital pour y mourir le 27 février à l'âge de 57 ans. Selon l'acte de décès, il est mort d’ « Epuisement ».

Czechowski était-il un saint ou un rebelle?

Ni l'un ni l'autre. Il a été un pionnier, le premier missionnaire des Adventistes en Europe.


(Encadré) :

Le monde politique dans lequel Czechowski vivait

Enfance:
Après la défaite de Napoléon en Russie en 1812, la Pologne est morcelée, et suite au Congrès de Vienne de 1815, la Russie, l'Autriche et l'Allemagne (la Prusse) s'attribuent chacune une partie de la Pologne. Seule la ville de Cracovie est libre. Libre mais entourée de grandes puissances. Michael Czechowski naît près de cette ville en 1818. Son village est alors sous la domination de la Russie. Ses parents avaient soutenu Napoléon et avaient presque tout perdu. Le désir de liberté des Polonais, enflammé sous Napoléon, continuait de couver et tentait à chaque instant de renaître.

Jeunesse
A l'âge de 17 ans, Czechowski entre au couvent de Stopnica et, à l'âge de 25 ans, il est ordonné prêtre à Varsovie. Engagé politiquement, il participe à un putsch contre la domination russe. A plusieurs reprises il doit s’enfuir. L'année de son ordination, il se rend à Rome pour informer la Pape de la situation désastreuse des couvents en Pologne. Mais à cette époque, de violents mouvements politiques agitent l’Italie ; ils aboutissent en 1870 à la création de l'état italien.

Age adulte
A l'âge de 30 ans, Czechowski est à Paris. Encore une fois, le voilà mêlé à une révolution. Arrêté en pleine rue, on lui met un fusil en main et on l'oblige à monter la garde. Il participe en tant qu’aumônier à une expédition désastreuse pour libérer la Pologne. Lorsqu'il arrive en Suisse, ce pays vient de subir une guerre civile et son gouvernement central n'existe que depuis deux ans. Lorsqu'il s'occupe de Polonais émigrés dans la cure catholique de Lancy, il y trouve d'immenses divisions, les uns soutenant la papauté contre l'unification de l'Italie, les autres étant favorables au Duc de Savoie, futur roi d'Italie.

En 1851, il part aux Etats-Unis où il reste jusqu’en 1864. Il y obtient la citoyenneté américaine. Le pays est en guerre (guerre de Sécession). Lorsqu'il fait connaissance de la foi des Adventistes du Septième jour, il décide de proclamer l'Evangile éternel du prochain retour du Christ, qui est destiné à tous les peuples de toutes langues, C’est ainsi qu’il repart en Europe.


Notes:
*Jacques Frei est pasteur retraité et fin connaisseur de la vie de Czechowski. Il est l’auteur de nombreux articles et livres concernant ce pionnier et l'histoire du christianisme. Il a participé au Symposium sur Czechowski en 1976 à Varsovie. Il habite en Suisse.

**Christian B. Schäffler est journaliste, fondateur et longtemps rédacteur en chef du Service de Presse Adventiste (APD). Il habite à Bâle. Depuis 2010 il est retraité mais contribue à la publication de CBS KULTUR INFO.

+ Adventistes du Premier jour = Advent Christian Church et American Millennial Association qui tenaient fermement à l'observation du dimanche

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